27 Janvier 2010
"Une belle opération pour Manpower".
Fin août 2009. La direction de Manpower, lequel arrive en deuxième position des opérateurs sélectionnés pour accompagner les demandeurs d’emploi, informe son comité central d’entreprise (CCE) sur ce nouveau Client Pôle emploi.
Dans un document confidentiel que notre journal s’est procuré, le leader de l’intérim, touché de plein fouet par la crise, précise d’emblée que l’objectif de cette opération est notamment « d’apporter une opportunité de marge complémentaire au niveau de l’agence ».
Et de détailler la « construction tarifaire » de son offre : La facturation s’établissant en deux temps 50 % lorsqu’un projet professionnel a été défini avec le chômeur et 50 % lorsqu’il a retrouvé un emploi qu’il garde au moins six mois , le document précise que « la situation économique rendant trop aléatoire l’évaluation des contrats de plus de six mois réalisables », « le modèle économique a été construit à partir de l’hypothèse d’une facturation basée principalement sur les 50 % liés à l’accompagnement ».
En clair ? Dès que ce projet a été bâti avec le chômeur (dans les sept à cinquante-six jours après l’inscription au chômage), Manpower facture 50 % de la somme à Pôle emploi et est dès lors assuré d’être bénéficiaire.
« Autrement dit, ils gagnent de l’argent même s’ils ne trouvent pas d’emploi aux chômeurs », s’irrite un concurrent. Le document précise d’ailleurs que, « sur la base prudente de 65 accompagnements (NDLR : par conseiller) », chaque conseiller apportera « 65 fois 719 €, soit 46 739 € HT de marge à son agence, desquels seront déduits les frais ».
27 Janvier 2010
"De l'abattage... très rentable".
Maurice 42 ans, spécialiste de l'accompagnement vers l'emploi, a travaillé pour plusieurs opérateurs privés en région parisienne.
Il a juste « hurlé », quand il a vu que rien n’a changé.
Pour Maurice*, « les chômeurs sont même de plus en plus maltraités ». Après s’être retrouvé au chômage, fin 2007, ce pro de l’accompagnement vers l’emploi, prestataire de l’ANPE depuis des années, finit par accepter un CDD de six mois chez un opérateur privé basé dans la banlieue ouest de la capitale.
Il tiendra quatre mois. «Dix heures de travail par jour, une course permanente entre les bureaux d’Antony (Hauts-de-Seine), des Mureaux (Yvelines) ou d’Issy-les-Moulineaux » (Hauts-de-Seine), des demandeurs d’emploi qui arrivaient par pelletées : « Comme j’en suivais 90, sans oublier ceux suivis par mes collègues qui rendaient leur tablier, je disposais, au mieux, d’un quart d’heure par personne… De l’abattage », se désole celui qui se souvient, aussi, du désarroi de certains chômeurs obligés de recommencer leur recherche à zéro, à chaque fois qu’un conseiller démissionnait.
Ce qui frappe surtout Maurice, alors, c’est le manque de sérieux de son employeur. « Il n’y avait aucune réunion de groupe, aucun retour sur expérience, pas de matériel approprié. » Les entretiens individuels ? Faute de conseillers, « on les transformait en réunions collectives, sous prétexte que la dynamique de groupe stimule », grince-t-il.
Les tests psychotechniques, pour les bilans de compétences ? « Perte de temps », entend-il alors. Faute de moyens, surtout, certains collègues consultent juste les offres disponibles… sur le site de Pôle emploi !
Si, pour les conseillers et les chômeurs, le bilan est dramatique, pour l’agence, l’opération était « très rentable ». « D’après mes calculs, les recettes étaient dix fois supérieures aux dépenses », s’offusque Maurice. Il faut dire qu’il était alors rétribué… 1 800 € brut par mois.
Début janvier, ce consultant expérimenté a été à nouveau sollicité par un opérateur privé, pour un poste à Paris, cette fois. Si, pendant l’entretien d’embauche, la directrice a d’abord cité le chiffre de 80 demandeurs d’emploi par salarié, au deuxième briefing, un autre cadre évoquait « entre 100 et 120 » chômeurs par consultant. Quant aux locaux… « à première vue ils étaient accueillants, mais la salle de réunion était au sous-sol, sans fenêtre ».
Enfin et surtout, cet organisme n’avait toujours pas recruté un « chargé d’entreprise », pourtant incontournable pour prospecter les sociétés qui cherchent à embaucher. Quitte à « galérer » encore un peu, Maurice a finalement décliné l’offre




















