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Témoignages de chômeurs : quand le service public de l'emploi vire au cauchemar

 

 

acIls sont quatre chômeurs, venus à la permanence d'AC !, Agir ensemble contre le chômage, de Villeurbanne (Rhône), ce mercredi 22 avril. Elsa Decriaud leur propose un thé ou un café, une part de cake et, surtout, des conseils. Permanente de l'association, cette jeune femme de 29 ans, qui a étudié l'insertion par l'économie à l'université de Montpellier, les écoute attentivement.

Pour accueillir les nombreux demandeurs d'emploi qui se tournent vers l'association, elle a dû se former aux méandres de la réglementation du chômage : calcul des droits, sanctions et recours, parcours de retour à l'emploi, projet personnel, sans compter les multiples variétés de contrats aidés générés par les politiques successives de l'emploi.

Dans la cour du petit pavillon qui abrite l'association, assis au soleil, Josette, Nadia, Gérard et Corinne sont très remontés.

boutonJosette, 53 ans, vient de l'Ain, "parce qu'il n'y a pas d'association là-bas". Sa relation avec Pôle emploi est ubuesque et cette femme se débat avec des menaces de radiation depuis plusieurs mois. Longtemps assistante commerciale, puis chômeuse pendant un an, Josette a retrouvé un temps partiel dans l'éducation nationale et travaille tous les matins. Or c'est précisément ces plages horaires que Pôle emploi a choisies pour la convoquer à plusieurs reprises. Ne pouvant se rendre à ces rendez-vous, elle s'en est expliquée à Pôle emploi. S'en est suivie alors une succession de menaces de radiation, de réponses de Josette par mail puis par recommandé, d'excuses de Pôle emploi expliquant qu'il s'agissait "d'erreurs informatiques".

Josette étale sur la table les nombreux courriers. Elsa extirpe de la pile l'un d'entre eux émanant de Pôle emploi et portant la mention "décision suite au recours". "Mais, clame Josette, il n'y a jamais eu de décision initiale de radiation, et donc pas de recours de ma part : ce document ne correspond à rien." Autre erreur aux conséquences graves pour Josette, Pôle emploi l'a rangée dans une mauvaise catégorie et bien qu'elle ait le droit, tout en travaillant, à une indemnité, celle-ci, qui représente un complément de 600 euros par mois, lui a été supprimée pendant plusieurs mois.

Bref, dit Josette, exaspérée, "Pôle emploi, c'est n'importe quoi, c'est stressant en permanence
et certains responsables ne connaissent pas leurs dossiers".

boutonNadia approuve énergiquement. A 30 ans, elle a connu beaucoup de périodes de chômage, a travaillé longtemps comme surveillante d'externat. Nadia veut faire du social, de l'animation, du soutien scolaire, mais Pôle emploi ne l'oriente pas dans cette direction. "On ne nous écoute pas, on est traité comme du bétail", s'insurge-t-elle. "J'ai fait un bilan de compétences, explique la jeune femme, et comme j'ai de la tchatche, on m'a dit que je pouvais faire télé-prospectrice !" On lui a proposé des petits boulots, des ménages. "Pour ne pas les contrarier, j'ai dit oui et j'ai saboté les entretiens d'embauche."

Nadia a pu enfin faire valider son projet de "conseiller d'orientation professionnelle". Elle a demandé à suivre un stage de formation, mais, sur liste d'attente depuis octobre 2008, elle s'inquiète car elle perd ses droits à l'indemnisation en juillet et ne bénéficiera alors plus de cette formation payée.

boutonGérard, 54 ans, cadre informatique au chômage depuis sept mois, a bourlingué. Il a même créé une petite société de marquage industriel. Ex-patron, il n'a pas eu le droit aux indemnités et s'est retrouvé RMIste. Aujourd'hui, il cherche un travail "pas forcément très qualifié, mais pour survivre". Mais pour Gérard, "il y a une vraie ségrégation, avec mon âge, on ne me propose rien". Jusqu'à mi-juillet, il a perçu 1 000 euros d'allocation mensuelle. Après ?

"On me propose du coaching, des entretiens auxquels je dois me rendre sous peine de sanction -
ils menacent toujours à l'ANPE ! -, mais pas une seule offre...", résume-t-il.

boutonLe regard clair et un peu triste, Corinne raconte sa galère. Trois jeunes enfants, séparée du père, vivant dans un quartier difficile d'Oullins qu'elle voudrait plus que tout quitter, cette femme de 42 ans est flûtiste, compositeur, intervenante musicale en milieu scolaire, intermittente du spectacle et vraie chômeuse aujourd'hui. Elle a travaillé pour une association en contrat d'avenir et a réalisé un spectacle "Bien éclairé" qu'elle a produit à Oullins début avril.

"Les gens ont bien aimé, j'aimerais poursuivre." Pour continuer à travailler son spectacle, Corinne a besoin des indemnités auxquelles elle a droit. Mais, pour des raisons aussi ubuesques que celle narrées par Josette, son dossier a atterri à la "répression des fraudes". Et, de justificatif en pièces originales à fournir, l'histoire de Corinne n'en finit pas. Pendant ce temps, elle ne reçoit rien. "Pas question de toucher aux allocations familiales, c'est strictement pour mes enfants", dit-elle. Elle s'avoue "très en colère".

Rémi Barroux
Article paru dans l'édition du 29.04.09.

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