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Vers un million de chômeurs supplémentaires

On ne se bouscule pas au portillon pour commenter le bond en avant du chômage en France. Et pour cause : pour le moment, rares sont les dirigeants qui perçoivent que la crise est bien celle d'un système et non un trou d'air de la croissance.

Il n’y avait pas un ministre, ce matin, pour commenter la nouvelle sur les matinales des radios. Pourtant, le sujet méritait bien un commentaire : la hausse du chômage annoncée mercredi soir, soit 90 200 demandeurs d’emploi en plus en un mois, est totalement inédite.

On comprend d’autant mieux cette abstinence audiovisuelle que le secrétaire d’état à l’Emploi Laurent Wauquiez, que Brice Hortefeux a courageusement laissé monter au front, annonce qu’il faut s’attendre à des poussées de fièvre comparables dans les mois qui viennent. Du coup, on va sans doute nous rejouer la scénographie habituelle. La gauche et les syndicats diront – et ils n’ont pas tort bien sûr – que l’Etat est en dessous de la main, que le fonds d’investissement social est « sous-doté ». Et de l’autre côté, les ministres répondront vaille que vaille, jusqu’à la veille du plan de relance n°3 ou 4, on ne sait plus, que l’Etat en fait déjà beaucoup, que toutes les mesures d’accompagnement social nécessaires ont été prises.

Que nous disent les statistiques de l'emploi ?

1.Un, que le Figaro a été bien imprudent hier de titrer sur le rebond de la consommation..

 

consomme

En réalité, il semble bien que le bon chiffre de la consommation de janvier est la conséquence des soldes : si les familles des classes moyennes concentrent tous leurs achats de vêtements pendant les soldes, la croissance de leurs dépenses en janvier ne fait que traduire la baisse de consommation en vêtements et décoration pour la maison des mois suivants.

 

Et dire que les plans sociaux n'ont pas encore vraiment commencé…

2.Deuxième élément de réflexion, la montée du chômage semble provenir davantage, pour le moment, des mauvaises anticipations des chefs d'entreprise que des plans sociaux des grandes entreprises..

3.Autre élément important et tout aussi inquiétant, la baisse des offres d'emploi de cadres, de 25% par rapport à janvier 2008, qui traduit le peu de dynamisme de l'économie et surtout l'absence de confiance des décideurs..


L'économie est aujourd'hui pilotée en serrant les fesses. Et si les dirigeants n'ont rien d 'autre à proposer que  l'assouplissement des conditions du chômage  partiel et la baisse des horaires de travail, nouvelle marotte des experts, Laurent Wauquiez a raison de s'inquiéter, ça ne va pas s'arranger dans les mois qui viennent.

On peut se demander si ce climat délétère n'est pas facilité par l'inconscience de nos dirigeants sur la nature de la crise. Tant qu'ils percevront cette dernière comme une baisse «météorologique» de la croissance ou le fruit des «excès des banques», il y a fort peu de chances que les choses s'améliorent. La crise actuelle n'est pas un trou d'air ou un accident de parcours. Elle est le signe indéfectible de la faillite du modèle néolibéral fondé sur le libre-échangisme intégral et la priorité absolue aux exportations au détriment d'une croissance fondée sur la redistribution.

marianne Philippe Cohen

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