20 Décembre 2008
A Lille, Ingeus teste ses techniques de management
sur les sans-boulots depuis 2005

Elle déroule le tapis rouge, vous offre le café et vous refile uncontrat
de quelques heures dans le nettoyage...

Et se fait payer entre 3000 et 6000 euros la « prestation » par l’UNEDIC.

Sans expérience en France, Ingeus s’installe à Lille et Rouen
après avoir été choisie par l’UNEDIC pour suivre 6000 chômeurs en 2005.
La filiale « Ingeus France » se crée donc au moment de la signature du contrat.La société doit avoir quelques connaissances à l’UNEDIC puisqu’aucun appel d’offre n’a eu lieu.Même la cour des comptes le dit : « Elle (l’UNEDIC) n’a procédé à aucune forme de publicité, même restreinte, et elle n’a pas engagé une étude des offres disponibles ».
Mais tout s’explique : le tout nouveau directeur d’Ingeus France n’est autre que l’ex-directeur de l’Assedic de Haute-Normandie : Jean-Louis Tauzin.
Celui-ci a un parcours très social : Grande distribution (Auchan), direction du marketing au Crédit agricole, direction commerciale d’une société marketing, consultant en management, etc. Le groupe a aussi ses entrées chez les sarkozistes : le conseil général des Hauts-de-Seine lui a « confié » 14 000 Rmistes en 2006...
« Votre avenir nous profite »
Le slogan d’Ingeus : « Votre avenir nous mobilise ».
Décryptage : « Au travail, tas de feignants ». La firme est si grassement payée par l’UNEDIC que les moyens sont là : une salle de ressources (ou « open space », version novlangue d’Ingeus) avec une quinzaine d’ordinateurs connectés à internet, des téléphones, une photocopieuse, les journaux, le café gratuit et même un bel agenda gratos siglé Ingeus pour chacun-e.
L’agence de Lille, avec 800m2 près de l’arrêt de tramway Romarin, c’est davantage une société de consultants qu’un centre pour demandeur d’emploi : accueil par un secrétariat haut de gamme, ordis dernier cri, écrans plats, moquette, grandes baies vitrées, etc. Et le clou du spectacle : ici, les conseillers reçoivent les chômeurs-euses à côté d’eux, non plus en face à face comme à l’ANPE. La classe. Le conseiller devient « coach », il « booste » la clientèle sans-emploi.
Coaching brutal
Reste le même souci qu’à l’ANPE : trouver un « job ».
Sauf qu’il y a un compte à rebours. Six mois.
Tout en jouant au copain-copain, le coach doit y aller franco.
Reconversion à la va-vite, CDD et intérim à gogo, pression en cas de refus, etc. Le ton est donné par la directrice d’Ingeus Lille, Annick Chautard, qui souligne « le manque de motivation » des chômeurs : « ils ne sont pas du tout flexibles, ils refusent des salaires moindres ou de faire moins d’heures. Pourtant, avec un temps partiel de 10-15 heures dans le nettoyage, nous savons que le nombre d’heures augmente vite ».
Lire le témoignage de Lise, 32 ans, qui n’a pas été convaincue par la prestation de la société australienne "Ingeus" qui dit-elle "trouve que c’est malsain de faire de l’argent sur les chômeurs ".
« Le suivi d’Ingeus ne m’a servi à rien »

Tout est dit. Et comme les chômeurs sont réfractaires par nature, comme les contrats de 10-15 heures ne sont pas encore assez répandus,
Ingeus se voit contraint de trafiquer ses résultats. Ou plutôt de modifier la méthode de calcul.
Ainsi, trouver une mission intérim d’un ou dix jours équivaut à un chômeur « reclassé » selon le cabinet.
Ce qui lui permet d’afficher un taux de retour à l’emploi de 70 %.
Avec ça, les chiffres du chômage vont faire tilt !
Merci à " la brique.fr"






